fait-il peser une menace sur la biodiversité ?

Prédateur, il a tout d’un grand.

Une musculature puissante, efficace pour rester immobile à l’affût ou pour fondre sur sa proie ; des griffes tantôt acérées lui permettant de bondir et de grimper, tantôt rétractables pour se déplacer en toute discrétion ; un squelette souple qui lui permet de se faufiler partout ; une bonne vue, surtout crépusculaire ; une ouïe fine, spécialisée dans les fréquences élevées des rongeurs et petits oiseaux ; de longues moustaches orientables, recueillant des données sur son environnement : largeur d’un passage dans la clôture, force du vent, provenance d’une odeur… Enfin, une denture’ de carnivore, tranchante et affilée.

CHASSER PAR INSTINCT, PAS POUR SE NOURRIR

Les chats domestiques consomment surtout des aliments d’origine humaine : pâtée, croquettes et restes de table. Grignoteur, il mange peu à la fois, mais tout au long de la journée. Sa particularité est que, même bien nourri, le chat conserve son instinct de chasseur et, le plus souvent, les proies tuées ne sont pas consommées.

Un chat de propriétaire consacre en moyenne 3 h par jour à la prédation, contre 12 h par jour pour un chat errant. Une étude lancée en 2015 et coordonnée par le Museum national d’histoire naturelle (MNHN), en collaboration avec la Société française d’étude et de protection des mammifères et la Ligue pour la protection des oiseaux, montre que 66 % des proies rapportées par les chats domestiques sont des petits mammifères, majoritairement des rongeurs.

Viennent ensuite les oiseaux (22 % des proies), principalement les mésanges, le merle, le rouge-gorge. Enfin, en dernier choix, les reptiles (10 %), et de manière anecdotique, des amphibiens, des insectes, des poissons, des araignées, voire des gastéropodes.

MAIS QUEL IMPACT SUR LA BIODIVERSITÉ ?

L’Australie, pays ou plus de 20 millions de chats errants sont une menace pour une centaine d’espèces d’animaux dont les marsupiaux comme le bilby et le betongie de Tasmanie, a lancé en 2015 une campagne d’éradication sur 5 ans de 2 millions de ces prédateurs qui se nourrissent chaque jour de 75 millions de proies.

L’introduction du félin, notamment dans les iles, a conduit à la disparition de nombreuses espèces.

En France, l’étude du MNHN montre que pour les oiseaux de jardin, la prédation du chat compte parmi les trois principales causes de mortalité, avec les captures volontaires par l’homme et les collisions avec les vitrages.

Cette prédation sur les passereaux dans les zones pavillonnaires a doublé ces dernières années, en lien avec l’augmentation du nombre de chats domestiques - ils sont plus de 15 millions en France (chiffre à comparer aux quelques 8 millions de chiens) —, sans compter les chats errants et harets, dont le nombre est inconnu.

Le souci est que cette prédation impacte une petite faune déjà très vulnérable à cause de la disparition de leurs habitats, des pesticides, de la ville qui gagne sur la campagne.

Enfin, phénomène moins connu du public mais préoccupant, la prolifération du chat domestique menace une espèce de chat sauvage : le chat forestier. Espèce protégée, la pollution génétique due aux croisements entre chats errants et sauvages et la transmission de maladies inconnues dans les milieux naturels peuvent entrainer une mortalité accrue du chat forestier.

FAUT-IL FAIRE DU CHAT UN ENNEMI PUBLIC ?

Les propriétaires de chats doivent prendre conscience que leur magnifique boule de poil est un prédateur et que la solution leur appartient. D’abord, il faut offrir à minou une nourriture de qualité en libre-service ainsi que des jeux, surtout pour les jeunes chats, qui limiteront leurs instincts de chasseurs.

La stérilisation est recommandée, car elle limite le vagabondage, les marquages territoriaux, la prolifération des chats et les maladies.

Pour l’extérieur, on peut l’équiper d’un collier élastique, coloré ou avec des clochettes, pour le rendre moins discret.

Il existe des dispositifs (entonnoirs, barrières) qui permettent d’empêcher le chat de grimper vers les mangeoires et les nids, mais aussi des répulsifs et des abris pour la petite faune que l’on peut même fabriquer soi-même.

En combinant plusieurs de ces moyens, chacun contribue à réduire l’impact de la prédation des chats.

Par Stéphanie Morelle, Chargée de mission biodiversité (in La lettre du hérisson N° 272)

Les solutions pour limiter la prédation du chat domestique et protéger la petite faune sauvage - Poster pédagogique LPO

APPELONS UN CHAT UN CHAT

  • Chat domestique (Felis silvestris catus) : son propriétaire est obligé de le faire identifier et est responsable des dommages qu’il cause, même s’il s’est égaré ou échappé. Il est interdit de le laisser divaguer.
  • Chat errant ou divagant : non identifié, sans propriétaire, à plus de 1 000 m du domicile de son maître ou à plus de 200 m des habitations. Seul le maire peut ordonner sa capture. Il sera relâché après identification et devra être stérilisé.
  • Chat haret : chat domestique ou errant retourné à la vie sauvage.
  • Chat forestier (Felis silvestris) : espèce naturellement sauvage et protégée par la loi. Il ressemble à un chat domestique tigré, en plus robuste et massif, avec une queue plus touffue et une raie noire parcourait sa colonne vertébrale.

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