Les agriculteur-rice-s bio en appellent au soutien des citoyen-nes.

La certification HVE a été créée en 2011 suite au Grenelle de l’environnement, avec un objectif louable : l’amélioration des pratiques agricoles grâce à un outil permettant la reconnaissance des fermes engagées dans une démarche environnementale.

Trois niveaux de certification environnementale ont été définis mais seul le troisième permet d’utiliser le label Haute Valeur Environnementale (HVE). 5400 exploitations sont certifiées à ce jour. Pour le niveau HVE 3, on a le choix entre deux options.

Dans l’option A, quatre grands thèmes sont évalués : biodiversité, phytosanitaires, fertilisation, gestion de l’eau. Dans l’option B, au moins 10 % de la surface agricole utile (SAU) doit être en « infrastructures agroécologiques » (mares, haies, bosquets …) ou 50 % en prairies permanentes, et le poids des intrants dans le chiffre d’affaires doit être de moins de 30 %.

L’option B comporte certes des critères de biodiversité un peu plus ambitieux que ceux du verdissement de la Pac, mais aucun autre critère environnemental. Le poids des intrants dans le chiffre d’affaires censé refléter la consommation de pesticides ou d’engrais est en réalité fonction de la valeur ajoutée de la production. Les données du réseau d’information comptable agricole (RICA) montrent que le ratio intrants/chiffre d’affaires est en moyenne de 14 % en viticulture et de 26 % en maraîchage. Pas étonnant que 85 % des exploitations certifiées HVE soient viticoles !

Un label trompeur

Belle opération de com' pour rassurer des consommatrices et consommateurs conscients de la pollution de cette filière, sans changer les pratiques.

Quant à l’option A, la longue liste du cahier des charges et le système de notation des quatre thèmes font croire de prime abord au sérieux de la démarche mais de nombreux critères sont incohérents. Par exemple, il est plus facile d’obtenir des points avec des prairies courte durée que longue durée, certains critères sont déjà dans la réglementation « nitrates » qui s’applique sur près des 3/4 du territoire français … Surtout, plus globalement, cette démarche ne nécessite pas de réelle évolution des pratiques.

Des adaptations à la marge comme l’utilisation des dernières technologies pour piloter l’irrigation, la fertilisation ou les traitements par pesticides, peuvent suffire pour certifier sa ferme.

Après avoir mis longtemps à décoller, le label HVE est en train de monter en puissance. Le gouvernement affiche un objectif de 15000 exploitations certifiées dès 2022, près du triple d’aujourd’hui. Pour les industries agroalimentaires, c’est un moyen de rassurer le consommateur, pour les politiques, une réponse aux attentes de leurs concitoyen·nes.

Ce label risque bien de tromper aussi le contribuable : par exemple, le ministère et la FNSEA-JA voient dans la HVE un moyen pour attribuer au plus grand nombre les crédits destinés à l’environnement dans la future Pac. Autre avantage pour le ministère : finis le casse-tête et le coût des contrôles, ce sont les organismes certificateurs qui feraient ces contrôles, aux frais des agriculteurs et agricultrices !

Cette « certification environnementale » s’avère donc un redoutable outil de communication pour « verdir » l’agriculture sans répondre aux vrais défis qui lui sont posés aujourd’hui. Au lieu d’être un levier pour la transition agroécologique, c’est une énième façon de perdre du temps. Et pourtant, notre société prend conscience de l’urgence d’un changement radical afin que cette terre reste vivable pour notre espèce humaine.

Alors, continuons à nous battre pour une réelle transition vers une agro-écologie paysanne, loin des leurres certifiés !

Par Claire Garrot, Confédération paysanne

Source : campagnes solidaires octobre 2020 n°365