Un habitat d’intérêt communautaire

Le Mont-Guérin fait partie d’un ensemble naturel bosselé, les collines pré-jurassiennes de la rive droite du Doubs.

Le versant peu escarpé orienté au sud/sud-est bénéficie d’un très bon ensoleillement. Sur le sol, pauvre et peu épais, se développe une végétation typique des pelouses sèches, mettant en évidence la nature karstique du sous-sol.

L’ubac, versant à l’ombre

Le versant du Mont-Guérin tourné vers le nord/nord-ouest, beaucoup plus escarpé, est lui exposé aux vents dominants et à la pluie. Cette exposition, combinée à une faible incidence des rayons solaires, le rend peu exploitable sur le plan agricole, mais ici se développe une forêt typique des pentes froides à éboulis grossiers, où la végétation basse se compose de plantes d’ombre (sciaphile). Le sol est souvent limité à de la terre fine s’observant entre les blocs.

Un sous-bois envoûteur…

Au pied des falaises éboulées, un tapis de scolopendres Au pied des falaises éboulées, un tapis de scolopendres

Pour le promeneur, c’est un lieu un peu magique. Le relief est abrupt : 80 mètres de dénivellation entre la source de Chalvit et le sommet, soit une pente de 21 % en moyenne, avec un escarpement particulièrement marqué sous l’Oratoire.

Au pied des falaises éboulées se déroulent des tapis de scolopendres, de mousses, de scilles à deux feuilles et d’anémones en fleurs… On peut également y découvrir des pézizes orangées, un champignon dont l’appareil reproducteur aérien a la forme caractéristique d’une coupe.

Un habitat considéré comme d’intérêt communautaire prioritaire

Ces forêts dominées par des essences nomades (Frêne commun, Érable sycomore, Érable plane, Tilleul, Orme des montagnes), installées sur des fortes pentes, sur des éboulis, sur les versants ou les fonds de ravins constituent un type d’habitat rare, de grande valeur patrimoniale.

En savoir +> https://inpn.mnhn.fr/habitat/cd_hab/8842/tab/especes

L’annexe I de la directive 92/43/CEE, dite Directive Européenne « Habitats, Faune, Flore », a sélectionné ce type d’habitat car en danger de disparition dans leur aire de répartition naturelle ; ayant une aire de répartition réduite par suite de leur régression ou en raison de leur aire intrinsèquement restreinte ; constituant des exemples remarquables, propres à une région biogéographique européenne, et représentatifs de la diversité écologique de l’Union européenne.

Parmi les habitats d’intérêt communautaire, ont été identifiés comme prioritaires par la directive, ceux considérés comme étant en danger de disparition et pour la conservation desquels

la Communauté porte une responsabilité particulière.

La scolopendre, une fougère originale Cette fougère typique des forêts de ravins, protégée dans certaines régions, pousse en touffes. Les frondes partent d’un rhizome court et épais, recouvert d’écailles brun-roux. Elles mesurent de 30 à 60 cm et persistent toute l’année.

La pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea) La pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)
La scille à deux feuilles (Scilla bifolia) La scille à deux feuilles (Scilla bifolia)

De forme allongée en ruban (d’où le nom de langue de cerf), leur bordure est entière ou parfois ondulée. À leur base, les feuilles sont échancrées en cœur, formant deux lobes arrondis. Le pétiole brun, velu, porte des écailles brunes à noires à la base, et il est nettement plus court que le limbe foliaire.

Les sores, organes des fougères produisant des spores (comme les champignons), se situent sur la face inférieure du limbe : ils sont de grande taille, linéaires, parallèles entre eux et disposés de façon oblique par rapport au rachis. C’est cette disposition originale qui a valu le nom de scolopendre à cette fougère car rappelant un genre de mille-pattes. Les sores sont de couleur brun-jaune, brun-orangé ou brun-violacé et sont protégés par une fine membrane (indusie double).

Les sores, organes des fougères produisant les spores Les sores, organes des fougères produisant les spores

Les feuilles nouvelles apparaissent au printemps. La sporulation a lieu de mai à septembre et c’est le vent qui se charge de la dissémination des spores. Ils auront germé avant le début de l’hiver, formant des prothalles végétatifs, de petites lames minces formées de cellules chlorophylliennes.

Une étude japonaise a porté sur les résistances des gamétophytes, rhizomes, et des feuilles de sporophytes de cette espèce à trois stress (le froid, le gel, le stress hydrique) dans les forêts du nord du Japon. Elle a montré que la résistance des rhizomes au froid des fougères varie selon les populations et reflète les conditions hivernales de leurs habitats : certains rhizomes seront endommagés dès -5 °C et d’autres à -17,5 °C, sachant que certains habitats épiphytes sont exposés à des températures variant de -20 à 40 °C. Les feuilles hivernales persistantes (restant vertes) résistent au gel allant de -25 à -40 °C mais les feuilles d’été meurent dès -5 °C. Lors de cette étude sauf dans quelques cas les gamétophytes de fougères poussant au sol sous une canopée supportaient jusqu’à -40 °C et étaient bien plus résistantes que les sporophytes. Ceci invite à penser que le froid hivernal conditionne la saisonnalité (phénologie) du cycle de vie de l’espèce, ainsi que sa distribution. La génération sensible serait le sporophyte plutôt que le gamétophyte, qui parce que plus robuste peut donc plus facilement coloniser des habitats où le sporophyte est exclu par le gel.

Pascal Blain Par Pascal Blain, Serre Vivante

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