La première mention de l’église de Lavans-les-Dole apparaît au XIIe siècle.

La partie la plus ancienne de l’église Saint-Didier est le chœur du XIVe siècle avec ses nervures en arc ogival et ses ouvertures étroites en arc brisé. On s’accorde à penser qu’il s’agit de l’ancienne chapelle castrale dont le sol est pavé de pierres tombales aux épitaphes parfois lisibles. La nef unique a été édifiée au XIXe siècle. Un clocher à l’impérial à tuiles vernissées a remplacé en 1991 une flèche élevée au XIXe siècle.

Une pierre de fondation de messe, datée de 1544, au nom de « Hon (Honorable) Louys Laboral » est conservée dans l’abside côté nord. Originaire de Besançon, la famille Laboral était « ténementier de meix » à Lavans; Louis Laboral achète en 1535 une chevance et une maison à Lavans (ADD).

Deux chapelles du XVIe siècle voûtées d’arcs ogivaux sont dédiées, côté nord à saint Nicolas — patron des mariniers — selon Alphonse Rousset à la nomination du curé et côté sud à saint Louis, à la nomination des seigneurs de Lavans. Une pierre de fondation de la chapelle Saint-Louis datant de 1609 en marbre de Sampans est encastrée dans le mur de cette dernière chapelle. Elle évoque par Pierre Subtil bourgeois et commis de la Chambre des comptes de Dole (mort en 1610), la consécration de cette chapelle à saint Louis en l’honneur du saint patron de son frère. La dédicace est insérée dans un cartouche orné d’enroulements de cuirs découpés, caractéristiques de la renaissance tardive. La transmission du patronage de la chapelle Saint-Louis passa à la famille Javel par le mariage de Marie Subtil sa fille en 1637 avec Nicolas Javel. Le Pouillé du diocèse de Besançon, rédigé en latin, vers 1710, évoque pour l’église d’autres chapelles de fondation, dont la chapelle des Trois rois, la chapelle de la Bienheureuse Vierge Marie (occupait-elle alors l’ancienne chapelle castrale de l’église ?). Elle fut attribuée en 1472 à la famille Arvisenet de Dole puis aux seigneurs de Lavans « titulaires du Fief de mairie » (cf. Alphonse Rousset). La Chapelle Saint-Nicolas était là à la nomination du curé. Un tableau du XVIIIe siècle du miracle de saint Nicolas démontre la persistance d’un autel entretenu jusqu’à cette époque. En 1363 cette chapelle est mentionnée avec une double titulature à saint Nicolas et sainte Catherine d’où sans doute le lien avec le panneau sur bois de sainte Catherine d’Alexandrie, présent dans la sacristie. Le mobilier de l’église est de qualité et en grande partie protégé au titre des Monuments Historiques depuis 1957.

La Remise du rosaire à saint Dominique et sainte Catherine de Sienne.

La toile représente la Vierge et l’Enfant Jésus remettant le rosaire à saint Dominique, fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs et sainte Catherine de Sienne, fondatrice de l’ordre des dominicaines. Ajout singulier : deux grands anges entourent la Vierge et lui offrent chapelet et corbeille de roses. Ce tableau enrichit le maigre corpus des œuvres du peintre Philippe Richard, né dans le premier tiers du XVIIe siècle à Pontarlier et que l’on retrouve à Dole en 1636. Le peintre révèle ici sa connaissance des œuvres flamandes du XVe siècle. Le tableau est d’une grande originalité par son chromatisme raffiné et nacré. En particulier la tunique couleur argent de l’un des deux anges est parcourue de subtils éclats orangés, imaginés par le peintre pour montrer la puissance de l’aura divine enveloppant de lumière les protagonistes de cette scène spirituelle. La présence d’un tel tableau laisse penser qu’au XVI-XVIIe siècles existait un autel entretenu par une confrérie du Rosaire.

Miracle de saint Nicolas et des trois petits enfants

L’œuvre représente le miracle le plus populaire de saint Nicolas : celui des trois enfants qu’il ressuscite et sauve du saloir. L’artiste Claude-Adrien Richard (1662-1748), originaire du Val de Morteau, a laissé une production abondante de tableaux d’église puisqu’il meurt à 86 ans. En particulier il a peint à plusieurs reprises des figures monumentales d’évêques dont en tête saint Claude et saint Nicolas (saint Patron de la proche Lorraine), qui sont répétés d’après ses modèles d’origine. Le Saint Nicolas (évêque de Myre) est figuré dans l’accomplissement même du miracle. Selon les décisions de l’église catholique post-tridentine, le peintre a donné à saint Nicolas un visage extatique qui recueille du ciel ce geste miraculeux. La composition est à rapprocher du même sujet traité par Claude-Adrien Richard pour l’église d’Orchamps.

Martyre de l’évêque saint Didier de Langres.

Représentation du martyre de saint Didier de Langres (mort vers 411 à langres). Lors de l’invasion des vandales au IVe siècle, l’évêque voulut protéger son peuple et s’avança devant leur roi en lui présentant l’Évangile pour l’inciter à épargner la ville. Il fut exécuté sur le champ. Le Livre des Évangiles, taché de sang, avait été conservé d’où la reprise de ce détail dans la composition de Xavier Bourges. Le peintre a articulé sa composition en 2 séquences : au premier plan, la mort de l’évêque au pied des murailles de Langres — le cœur transpercé d’une flèche — tandis qu’à l’arrière-plan la colonne des vandales avec à sa tête le roi. L’artiste procéda ainsi fréquemment reliant didactiquement « la cause à l’effet ». Xavier Bourges (Dole, 1797-id.1879) a laissé une œuvre assez académique certes mais ici il s’avère un coloriste intéressant et sa facture lisse s’attache à une description « archéologique » de l’histoire.

Des peintures sur bois (1re moitié du XVIIe siècle) remontées comme vantaux de placards d’un meuble de sacristie du XVIIe siècle.

Celle de gauche représente le buste de sainte Catherine d’Alexandrie, couronnée selon la tradition, celle de droite l’évêque saint Eloi, tenant l’attribut du marteau en tant que saint patron des forgerons, la 3e (non présentée) correspond à la partie inférieure d’un personnage, tunique et pied dans une sandale à l’antique. Ces fragments offrent une belle étude de plissé pour la figure féminine et un visage fouillé, aux yeux vifs, pour le prélat. Cet ensemble provient certainement d’anciens retables démembrés.

Statue de Saint-Louis.

sur le socle : Sainct Loui 1609 sur le socle : Sainct Loui 1609
Située dans la chapelle de Saint-Louis, la statue en pierre anciennement polychrome rappelle le roi justicier, protecteur de la monarchie française après sa canonisation au XIIIe siècle. À la Révolution, les insignes de la royauté ont été martelées : fleurs de lys du manteau et de la couronne, insigne de l’ordre de Saint-Louis sur la poitrine. La main de justice et le sceptre ont été détruits. Sous les fentes latérales de son lourd manteau, on distingue l’armure constituée de plaques de métal : « l’armure de plates » qui fait référence au Croisé. Le visage de la statue est malheureusement altéré.

Niche avec Pietà en haut-relief, encastrée dans le mur sud de l’église.

On ne connaît pas sa provenance mais sans doute un petit oratoire. La Vierge est assise sur un trône suggéré par un simple rectangle en léger relief et son buste s’adosse directement aux bras rectilignes d’une croix peu saillante. Elle est vêtue avec recherche d’un manteau qui se déploie par des plissés complexes et volumineux. Ce groupe sculpté est marqué par l’esthétique de la statuaire bourguignonne du début XVe siècle. Les robustes plis « bourguignons » en tablier parcourent transversalement la partie inférieure de son corps. Un autre trait illustre cette référence au style bourguignon : le voile rigide de la Pietà aux bords gaufrés.

Quelques autres objets mobiliers sont à remarquer également :

Bannière de procession, Notre Dame Libératrice et saint Didier, XVIIe siècle-XIXe siècle

Les motifs brodés (fils de soie) de la Vierge à l’Enfant sur une face et de l’évêque saint Didier sur le revers, remontent au XVIIe siècle tandis que le fond de la bannière est en soie broché du XIXe siècle. Si la présence de saint Didier de Langres est logique, il est plus surprenant de trouver ici l’iconographie de Notre-Dame Libératrice, Vierge guerrière tenant un sceptre et juché soit sur un trophée d’armes, soit comme ici sur un bouclier. Ce culte naquit à Salins au moment de la guerre de 10 ans à l’initiative du Père Pierre Marmet qui plaça la ville de Salins en 1638 sous la protection de la Libératrice face aux armées ennemies du duc de Saxe-Weimar. Cette présentation triomphante de la Vierge et de l’Enfant est de grande qualité et rares sont ces objets fragiles à avoir traversé les siècles.

Fonts Baptismaux

Fonte de fer, peinte et dorée Fonte de fer, peinte et dorée
Dans un canton historiquement marqué par la présence de forges, il n’est pas étonnant de trouver des éléments de fonte mais ici il ne s’agit donc pas de fonte locale ! Les fonts baptismaux constituent un modèle qui apparaît sur le catalogue du fondeur parisien Jean-Jacques Ducel (1801-1877), médaillé à plusieurs reprises lors des expositions universelles du XIXe siècle. Ils sont composés de plusieurs éléments assemblés mécaniquement au moyen de vis ou s’encastrant. Le couvercle qui s’ouvre en deux ailes pivotant sur une vis est démontable. Le groupe du Baptême du Christ, sculpté en ronde bosse, est un élément rapporté et doré. Le couvercle, la cuve et le pied sont pourvus d’un décor architectural et végétal reprenant des motifs issus du répertoire ornemental néo-gothique : gables, lancettes, arcature, pinacles, feuilles d’acanthe. La cuve et le couvercle portent ce même type de décor.

Chaire à prêcher

aux panneaux sculptés du XVIIIe siècle dont il ne reste plus que la cuve (présence du dais sur les cartes postales du début du XXe siècle)

Les confessionnaux au nombre de deux datent du XVIIIe siècle.

Transcription en français de la Pierre dédicace de Louis Laboral par M. Michel Marchand :

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« Honorable Louÿs Laboral jadis citoyen postulant de Besançon a fondé en l’église de céans chacun des dimanches de l’année perpétuellement quatre oraisons à Jésus sur l’ensemble des treize (stations) qui doivent se dire à haute voix devant le crucifix au retour de la procession se fait (au dit lieu), avant l’introït de la messe, proche de ce lieu de Lavans pour laquelle fondation a donné? de cens annuel 20 sols pour le remède de son âme que Dieu veuille recevoir en son paradis amen. et fut ici mit ce tableau le… du mois de.. l’an 1544 » (l’inscription a dû être posée de son vivant).

Sylvie de Vesvrotte par Sylvie de Vesvrotte,

Conservateur déléguée des Antiquités et Objets d‘Art du Jura

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