Pratiques de l’Homéopathie en élevage

Le développement de l’usage de l’Homéopathie en élevage est continu depuis une vingtaine d’années. Quelles sont les origines de ce phénomène ?

La méthode de médecine homéopathique est née au début du 19ème siècle grâce aux recherches inventives d’un savant remarquable nommé Samuel Hahnemann qui publiera en 1805 la première édition de son œuvre majeure : l’Organon de l’Art de Guérir où il « invente » le mot homéopathie. Dès l’origine, parmi les premiers disciples du docteur Hahnemann, il y a des vétérinaires. Cette médecine a immédiatement prouvé son efficacité sur des chevaux, des vaches, des poulets, des canaris et autres chiens et chats !

Une pratique de plus en plus usitée

Ces dernières années, le développement de l’agriculture biologique a permis d’expérimenter dans les élevages de très nombreux traitements pour toutes sortes de pathologies y compris les plus graves. Ce succès grandissant voit aujourd’hui des éleveurs conventionnels, de plus en plus nombreux, se tourner à leur tour vers les remèdes homéopathiques pour pallier les coûteux échecs des traitements chimiques de l’industrie pharmaceutique internationale. Peut-on encore parler « d’influence psychologique » quand il s’agit de traiter une mammite ou une diarrhée infectieuse ? L’animal est-il capable de faire la différence de nature entre 3 granules homéopathiques et un antibiotique ? Dans le même mouvement, on peut constater l’usage croissant de la phytothérapie et aromathérapie comme de toutes les médecines naturelles (dites « alternatives ») en agriculture.

L’observation est primordiale

Pour autant, il n’existe pas de système miraculeux. L’efficacité de la méthode homéopathique repose sur la qualité des observations faites sur le malade, sur une connaissance étendue des caractéristiques des remèdes et sur la capacité d’effectuer un choix judicieux du remède le plus adapté à la symptomatologie du malade soigné. Il faut ici bien distinguer entre l’utilisation de remède homéopathique, disponible librement en pharmacie et la prescription d’un remède homéopathique minutieusement choisi selon la loi des semblables.

‘‘ La médecine est un art, l'art de guérir, qui ne se conçoit pas sans bienveillance ’’ Samuel Hahnemann

Travailler selon la méthode homéopathique et utiliser un remède homéopathique sont deux choses différentes. Trop souvent hélas aujourd’hui il est fait un usage quotidien et prolongé de remède homéopathique sans réelle individualisation : le choix repose sur une indication générale ou une recette. Cette façon de faire limite les résultats à un niveau superficiel valable pour des pathologies légères mais s’avère insuffisant lors de maladies plus graves. Dans ce cas, c’est la recherche du remède individuel (remède unique) le plus similaire au malade qui sera efficace : c’est ici que la méthode homéopathique, la répertorisation, révèle toutes ses possibilités.

La brebis de Maïté

Hier soir, elle s’isolait. Normal, elle était prête à agneler, elle avait fait la pousse, la mise-bas était pour la nuit. Mais ce matin, ça ne va pas du tout. Elle n’a pas agnelé. Elle se tient debout, le dos rond, la tête basse, le mufle au ras du sol. Il coule du pus verdâtre strié de sang par les deux narines. Sa respiration est accélérée et bruyante. De la vulve non dilatée s’écoule un liquide sanieux et d’odeur cadavérique. Son corps est glacé mais elle a 41,5° de température… Le vétérinaire conventionnel a diagnostiqué une septicémie puerpérale - infection généralisée - avec mort du fœtus. Sans espoir. Il conseille de l’abattre. Le vétérinaire homéopathe confirme le diagnostic de son confrère mais propose un remède homéopathique après répertorisation des symptômes observés. Il est 11 h de matin. Maïté dilue quelques granules dans un peu d’eau et va en donner plusieurs fois à sa brebis. A 13 heures, expulsion du fœtus mort et des enveloppes. A 14 h la brebis a adopté un autre agneau. La fièvre a disparu…. La mère adoptive nourrira son agneau sans problème jusqu’au sevrage.

Économie … et respect de l’environnement

Par le choix de fabriquer des remèdes dilués et dynamisés, la médecine homéopathiques évite tous les problèmes de dosages, de délais d’attente et de recyclage. La nature du remède est informative. C’est aussi pourquoi les remèdes homéopathiques sont très peu coûteux et ont un prix constant même si les laboratoires qui les fabriquent sont à la recherche de profits maximaux comme toute vraie entreprise capitaliste ! Au contraire des médicaments chimiques (ou des pesticides agricoles) essentiellement de synthèse qui sont de plus en plus onéreux et manifestent de nombreux effets négatifs (effets « secondaires » est un euphémisme). Ils nécessitent des délais d’attente toujours sous-évalués pour des raisons économiques, et polluent les sols et les eaux en s’accumulant pendant des dizaines d’années ou plus, du fait de leur incapacité à être recyclé par les métabolismes naturels de l’humus et des plantes. De nos jours, 95 % des rivières contiennent des hormones, des antibiotiques et des pesticides. On retrouve profondément dans les nappes aquifères des pesticides interdits d’utilisation depuis plus de 30 ans…. Et chaque jour voit augmenter l’accumulation de ces poisons.

La vache Hermine

Elle traîne une mammite depuis plus de 15 jours. Les traitements antibio classiques ne parviennent pas à la guérir. Les quartiers avant et arrière droits sont gonflés, un peu durs. Mais curieusement, cela ne lui fait pas mal et elle se laisse traire et vider les quartiers. Ce n’est plus du lait, c’est une sorte de pus épais, jaunâtre et d’odeur nauséabonde qu’il faut tirer des quartiers. Question du vétérinaire homéopathe : quelle sorte de vache est-elle ? « C’est une bonne bête gaie au boulot. Elle adore faire des sauts et même quelques fois au-dessus de la clôture ! ». Que s’est-il passé au moment où elle a déclenché sa mammite ? « Rien de spécial, pas de stress. Mais il y a eu cette nuit-là un vrai changement de temps devenu froid et humide et elle a été mouillée ».

*Répertorisation homéopathique : symptômes retenus : tempérament gai – saute – absence de douleur – aggravée après avoir été mouillée – suite temps humide - suppuration pus épais et nauséabond Traitement : China 30 K, 2 granules dans la vulve matin et soir pendant 2 jours et une fois le jour suivant. Résultat : amélioration rapide avec vidange du quartier et guérison sous 4 jours.

Se former et partager

Pour soutenir les éleveurs qui choisissent d’acquérir de nouveaux outils de soins, de nombreuses formations à l’Homéopathie sont organisées depuis près de 20 ans partout en France à l’initiative d’organisations agricoles : GAB, Civam, Geda, CA, associations, etc…et font partie du cursus de nombreuses formations agricoles diplômantes. Car pour bien maîtriser une technique, il est nécessaire d’apprendre et de comprendre en compagnie des collègues. Les vétérinaires homéopathes qui donnent ces formations peuvent ainsi partager leurs connaissances et leurs pratiques…. Mais aussi et surtout partager le bonheur de soigner à l’écoute de l’animal, dans une relation respectueuse où les souffrances et les expressions psycho-comportementales sont des éléments essentiels qui complètent nécessairement le tableau des symptômes physiques. L’homéopathie, une médecine globale qui ne sépare pas le cœur de l’esprit.

Le cheval Kiko

Hongre de 9 ans, il présente depuis plusieurs années de multiples sarcoïdes qui s’aggravent au fil des ans : à la gorge, au fourreau et à la paupière supérieure gauche. La chirurgie en a enlevé certaines mais elles reviennent rapidement et la paupière est trop atteinte pour être opérable. Question du vétérinaire homéopathe : parlez-moi de votre cheval ! « C’est un gourmand, un gentil qui adore la compagnie. Il aime le contact et les caresses. Mais le vent, ça le rend vraiment nerveux. Au point de vue digestif, son appétit est féroce. Et ça gargouille souvent et bruyamment dans son ventre ! Les premiers sarcoïdes sont apparus après que sa compagne, une jument à laquelle il était très attaché, soit morte».

Répertorisation homéopathique : symptômes retenus : affectueux – désir de compagnie – suite de chagrin – aggravé par le vent – borborygmes abdominaux Traitement : Phosphorus LM 4 et suivantes pendant un an. Résultat obtenu : disparition totale de toutes les sarcoïdes, sans récidive depuis 3 ans.

Paul Polis Par le Docteur Paul Polis,

vétérinaire, membre du GIE Zone Verte

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