EDF a annoncé le 11 avril 2019 de nouveaux retards

donc de nouveaux surcoûts pour le réacteur de Flamanville. Verra-t-on ce chantier aboutir ?

Pour Yves Marignac, directeur de Wise, conseil indépendant sur les questions nucléaires, intervenant auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Agence de l’énergie nucléaire (AEN), les défauts de soudure de l’EPR qui surviennent après plus d’une décennie de retards, de malfaçons et de négligences dans la conception et la surveillance, représentent le problème de trop, pour une industrie nucléaire qu’il juge à la dérive.

Comment en est-on arrivé là ?

Réacteur le plus complexe jamais construit, l’EPR présente forcément des difficultés liées à sa taille, ainsi qu’à l’empilement des dispositions et des redondances de sûreté. Mais il est également marqué par de nombreux péchés originels. À commencer par le lancement du chantier en 2007, alors même que le design détaillé n’était pas encore terminé. Et puis les coûts et les délais annoncés à l’époque, 3,3 milliards d’euros pour une mise en service en 2012, n’avaient aucun sens. Tout le monde le savait.

Sans parler de la cuve du réacteur, victime d’une terrible malfaçon à l’usine qui l’a forgée, Creusot Forge, alors propriété d’Areva. Les problèmes de toutes sortes n’ont fait que s’accumuler tout au long du chantier. Ce problème de soudures pouvait-il être évité ? Ce qui aurait pu l’être en tout cas, c’est qu’il ne remette en cause tout le projet. Jamais des soudures aussi cruciales pour la sûreté n’auraient dû être mises en place, dans un endroit où elles seraient aussi difficiles à réparer. C’est un non-sens. A minima une fraude par omission.

##Fuite en avant … L’EPR de Flamanville n’est pour l’heure qu’un immense chantier de béton, sans combustible nucléaire. Compte tenu de l’état du chantier et de l’absence de vérifications systématiques dignes de ce nom, le risque qu’il existe d’autres problèmes de qualité importants pour la sûreté, et qui n’auraient pas été détectés, est réel. Dans ces conditions, il est très problématique de mener ce chantier à son terme. Ce que n’accepteront évidemment jamais les dirigeants d’EDF.

Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF déclarait : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler ». Un chantage terrifiant, alors que construire de nouveaux réacteurs ne semble plus à la portée du groupe, industriellement et économiquement. Un jour, les consommateurs et les contribuables demanderont forcément des comptes …

Cela participe-t-il d’une stratégie du « fait accompli » ? Comment penser que personne n’ait rien vu depuis 2012 ? Les acteurs du dossier n’ont-ils pas tout simplement laissé faire ? Dans l’espoir d’atteindre un point de non-retour, afin d’expliquer après coup qu’il était trop tard, que ça coûterait trop cher, et que donc il valait mieux tout laisser en l’état.